Pour l’avenir de Paris 1 – déclaration initiale

Au printemps, notre université renouvelle ses conseils pour ensuite élire sa nouvelle équipe dirigeante. Nous entrons ainsi dans une période propice aux débats sur la trajectoire passée et sur les perspectives pour notre université.
Il serait particulièrement triste voire dommageable que de telles discussions ne s’organisent pas en l’absence d’une diversité de projets ouvrant sur les quatre prochaines années.

Il en va de la démocratie à Paris 1 ainsi que de sa crédibilité. C’est dans cet esprit que je souhaite partager avec tous les collègues, enseignants-chercheurs, personnels des bibliothèques, personnels administratifs et techniques, ainsi qu’avec les étudiants, notre vision des défis et des enjeux auxquels sera confrontée l’université Paris 1 dans les quatre prochaines années.
Le monde universitaire a beaucoup changé depuis l’époque de mes premiers mandats. J’en ai conscience et ne m’en souviens que pour mieux appréhender le présent et préparer l’avenir de notre université. Mes responsabilités au sein de l’UNESCO, à la direction de l’enseignement supérieur et de la recherche, durant une quinzaine d’années, m’ont permis de prendre la mesure des défis que doit relever une université de rang international dans un environnement marqué par les réformes administratives et managériales, la stagnation voire la baisse des subventions d’État, et l’essor d’un enseignement de masse au sein d’institutions dont les objectifs sont la recherche et l’innovation, mais aussi l’insertion professionnelle. En 2009, lors de la seconde des deux conférences mondiales sur l’enseignement supérieur et la recherche dont l’UNESCO m’a confié l’organisation, j’ai été impressionné par le caractère universel des difficultés et enjeux de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Mes responsabilités à l’UNESCO comprenaient les dossiers majeurs auxquels une université moderne est aujourd’hui confrontée. J’ai travaillé sur la formation et le statut des enseignants et des personnels de l’éducation du primaire au supérieur, l’évaluation et l’accréditation des diplômes, les questions liées aux financements et à la gouvernance universitaire, le soutien aux étudiants et jeunes chercheurs, l’analyse nécessairement critique des classements universitaires, mais également la conduite du grand programme de coopération universitaire, scientifique et culturelle, intitulé UNITWIN – Chaires UNESCO.
Ce programme phare de l’UNESCO compte plusieurs centaines de réseaux qui mobilisent de par le monde des milliers d’institutions universitaires et de recherche, des plus prestigieuses aux plus modestes, dans un esprit de solidarité et de partage dont nous pouvons nous inspirer.

Aujourd’hui, l’avenir de Paris 1 repose sur « l’audace d’agir ». Le thème de l’audace était au coeur de la dernière Cité de la Réussite (Sorbonne, novembre 2014), une manifestation dont il faut rappeler qu’elle a pour origine, en 1989, une initiative d’étudiants de notre université.
C’est encore d’une telle audace, à la fois rationnelle et créative, que Paris 1 doit faire preuve, si notre collectivité entend inverser la lente mais réelle dégradation de ses conditions de vie et de travail. Cette dégradation mine la confiance indispensable au dynamisme de notre université. La solution n’est certainement pas dans un accroissement de la bureaucratie, même si la technicité du « pilotage » d’une université nécessite un cadre administratif solide. Il nous faut mieux accompagner les personnels et soutenir les enseignants-chercheurs dont la charge administrative ne cesse de croître.
Les cloisonnements et les replis disciplinaires et institutionnels, face à la réduction des moyens humains et financiers, me paraissent être une mauvaise réponse qui se situe à l’opposé de ce que les universités les plus créatives et innovantes mettent en oeuvre partout dans le monde.

Voilà pourquoi une des premières valeurs de notre action au service de l’Université doit être la solidarité : solidarité des personnes, mais aussi des domaines scientifiques et des disciplines ; solidarité interne, mais aussi externe, dans les relations avec les partenaires en Île-de-France comme à l’international.

Renforcer notre politique de soutien aux carrières des personnels administratifs et techniques constitue de fait une action permanente et un devoir absolu pour notre université. De même l’aide aux étudiants et aux doctorants doit être sans cesse améliorée par des moyens qu’il nous faut sans cesse chercher auprès de partenaires publics comme privés.
L’audace pour l’Université consiste également à s’opposer intelligemment à la réduction des dotations au niveau de l’Etat et à générer des moyens complémentaires auprès d’autres partenaires traditionnels (Région, Ville,…) mais également auprès de partenaires moins traditionnels (entreprises et organisations internationales), par sa capacité à faire valoir son dynamisme, son originalité, la qualité et la pertinence de ses formations et de sa recherche. En particulier la formation continue tout au long de la vie et les questions liées à l’insertion professionnelle sont au coeur des liens qui unissent l’université avec son environnement socio-économique. Dans ce domaine, l’usage des technologies numériques constitue un enjeu essentiel pour affirmer notre modernité et pour offrir aux étudiants en formation initiale et en formation continue des contenus et des soutiens pédagogiques disponibles partout, pour tous et à tout moment, en accompagnement des méthodes classiques. Nous n’avons pas été suffisamment présents sur ce terrain, alors que notre capacité à agir et notre responsabilité sont évidentes vis-à-vis de nos étudiants et de la société tout entière. De même l’expertise scientifique de notre université au travers de toutes ses composantes représente un atout qu’il faudra sans cesse affirmer.

Toutes ces questions qui nécessitent un dialogue et un travail de prospective doivent constituer un axe majeur de la politique de direction de l’université en concertation avec l’ensemble de ses parties prenantes.

L’université Paris 1, héritière de la Sorbonne, représente en effet par son histoire et par son potentiel de savoir et compétences, une « marque » scientifique et culturelle qui demande un investissement continu tant humain que matériel pour assurer son rayonnement régional et international, tout en étant un partenaire actif et à nouveau respecté au sein de notre « Comué ».
L’obsession de certains classements internationaux ne doit pas perturber notre action. Rappelons que les institutions placées aux premiers rangs de ces classements sont loin d’être des mastodontes universitaires. Ce qui compte avant tout, c’est la flexibilité et l’audace dans l’action scientifique et pédagogique avec un maximum de liberté scientifique pour nos collègues. L’objectif reste d’être une référence intellectuelle pour les communautés académiques, politiques, les acteurs économiques et les organisations internationales concernées, sur les défis d’un monde en perpétuel renouvellement.
Il me semble plus important de faire partie de réseaux internationaux performants de coopération scientifique et culturelle que de se regrouper à tout prix pour se donner le sentiment de peser plus lourd dans la compétition universitaire. Se pose ainsi la question de la place et la mission de Paris 1 dans une « Comué » qui, il faut bien le reconnaître, s’est constituée plus par contrainte que par désir.
Je propose qu’avant la fin de l’année 2017 à la lumière de l’impulsion qui aura ou non été donnée par le nouveau président de HéSam, une évaluation objective se tienne au sein de Paris 1 pour déterminer si cette communauté peut se maintenir et se renforcer ou si d’autres voies doivent être explorées.
Enfin l’engagement de Paris 1 dans un contexte de solidarité internationale et par rapport aux grandes questions de notre époque (développement durable, mondialisation culturelle et économique, choc démographique et problèmes liés à la santé au plan mondial, déplacement de population…) doit être à la hauteur de ces défis sans précédents et doit maintenir au coeur de ce monde en profonde mutation la dimension humaniste de l’Université.

Des projets innovants de recherche et de formation adaptés à ces enjeux doivent être encouragés par des moyens et des financements appropriés, au travers de pistes non encore suffisamment exploitées. Ce qui permettra de ne pas brider notre potentiel de recherche et d’innovations pédagogiques, dans le respect de notre déontologie universitaire. Nous développerons ainsi des partenariats diversifiés et innovants, nationaux ou internationaux.
Enfin, et même si cela peut choquer les tenants d’une vision traditionnelle de l’Université, je considère qu’à l’image des institutions universitaires les plus dynamiques, Paris 1 doit avoir l’audace d’agir en faveur d’un entrepreneuriat innovant, issu de sa recherche et porté par nos étudiants et chercheurs.

L’audace d’agir est à notre portée. Les quatre prochaines années vont être décisives pour notre université comme jamais. Aurons-nous le courage d’être ambitieux ? Ferons-nous le choix d’une vision claire, partagée, capable de redonner à toute notre communauté envie de croire en elle-même ?
C’est le projet que nous pouvons réaliser ensemble et que j’espère servir avec toutes celles et ceux qui souhaitent nous rejoindre dans l’action.

Georges Haddad
Professeur des Universités en mathématiques
UFR 27
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne